Les débuts de l’aviation à Yverdon se situent déjà en 1912. En effet, dans sa séance ordinaire de 1912, la municipalité d’Yverdon décide, suite aux démarches faites par les aviateurs Grandjean et Taddéoli, de mettre gratuitement à disposition un emplacement sur le terrain communal « Au Marais »ainsi qu’un hangar et le personnel de police à l’occasion d’une journée d’aviation prévue pour le 16 juin 1912.

3_grandjeanLe concours de René Grandjean et le dévouement du comité ont permis de réaliser un projet caressé depuis longtemps : Yverdon a eu sa journée d’aviation. Le succès est complet : si l’on se réfère aux milliers de personnes qui ont assisté à cette manifestation sportive. Le vent violent n’a pas permis à deux aviateurs invités de prendre leur vol. Grandjean, avec une belle énergie, a volé à plusieurs reprises, faisant des virages impressionnants. Son dernier vol a pourtant failli lui coûter la vie, le vent ayant plaqué son appareil au sol au milieu de la plaine de l’Orbe. Il est reparti sans aide aucune et est reparti et a réussi à regagner la place d’aviation : le public lui fit une ovation.

A propos de ces vols effectués le 16 juin à Yverdon, le pilote vaudois écrit : le vent ne m’a gêné dans aucun de mes mouvements, le public a pu s’en rendre compte dans mes virages sur place, mes vols planés et mes atterrissages. Voler dans le vent ce n’est rien. Oser et avoir un appareil pour cela, c’est tout.

Le 22 juin 1912, René Grandjean adresse depuis Dübendorf une lettre à la municipalité dans laquelle il propose de transférer de Dübendorf à Yverdon un grand hangar pouvant abriter 3 avions. Cette proposition fait suite aux vols des 16 et 17 juin effectués par un temps absolument défavorable et affirme que la ville d’Yverdon possède un champ d’aviation unique en Suisse et qui, sans aucune doute, donnera l’aérodrome militaire idéal !

Le 26 juillet 1912, une convention est passée avec René Grandjean pour l’utilisation gratuite du terrain « Au Marais » pendant 2 ans.

Le 27 février 1914, René Grandjean, qui habite Lausanne, offre à la commune d’Yverdon de racheter son hangar pour 2700 frs et à défaut d’entente requiert l’autorisation de transférer cette construction à Lausanne. Pour des raisons financières la commune refuse cette offre.

Le 16 avril 1914, René Grandjean fit démonter son hangar sans autorisation de l’autorité communale.

Ernest_Failloubaz_-_Avenches_7_Oktober_1910_-_BlériotCet épisode marque la fin de la présence de René Grandjean à Yverdon. Son départ n’empêchera pas de nouvelles journées d’aviation comme celle organisée par la Lyre yverdonnoise avec le concours de l’aviateur Alfred Comte. Le terrain de l’hippodrome, primitivement choisi, présentant certaines difficultés pour les atterrissages, c’est un terrain situé à la rue des Moulins qui a été utilisé. L’aviateur Comté survola la ville à plusieurs reprises avec des passagers. Dans l’après-midi, au cours de l’atterrissage, le chariot de son avion se prit dans un fossé et ce fut la fin de la manifestation. Le lundi matin, un nouvel avion arrivait et les vols de passagers pouvaient reprendre.

Le journal d’Yverdon du 20 avril 1930 fait mention d’une assemblée ou fut fondé un Aéro-Club dont on confia la destinée à Charles Doudin, détenteur d’un brevet militaire. Malgré sa situation favorable, Yverdon était complément dépourvu d’une organisation, si minime fut-elle, pour la navigation aérienne. Il y avait là une lacune à combler. Le jeune club organisa à Ependes une journée d’aviation avec au programme une exhibition du pilote français Pierre Lemoigne sur Goudou Leseurre et un trimoteur Fokker de la compagnie Balair pour les vols de passagers. Le 26 octobre 1933, la société de développement d’Yverdon soumit à l’Office Aérien Fédéral un projet d’un aérodrome au Grand Marais des Quatre-vingts. L’Office Aérien estima les conditions sur le terrain projeté comme très favorables.

C’est pourtant sur d’autres terrains situés en Graveline que furent organises,en 1933 et 1934, des journées de l’air sous la responsabilité de la section vaudoise de l’Aéro-Club de Suisse car l’Air-Club d’Yverdon n’existait pas encore.

NAISSANCE DE L’AIR-CLUB D’YVERDON

A l’hôtel du Paon, le mercredi 3 avril 1935, s’est constitué l’Air-Club d’Yverdon. Le but premier de cette société était d’engager les autorités communales à entreprendre le plus rapidement possible les travaux d’aménagement du terrain ; celui-ci avait déjà été approuvé par l’Office Aérien Fédéral. Cette séance constitutive, présidée par Ernest Savary, adopte les statuts de l’Air-Club et nomme un comité de 3 membres : MM. Ernest Savary président, Charles Doudin caissier et Louis Jaccard secrétaire.

Bucker-Bu-131-Jungmann-HB-URHLe 29 juin 1938 l’Air-Club émit un emprunt de 5000 frs destiné à la construction d’un hangar pour y loger l’avion du club, un biplan Moth de Havilland. Le dimanche 11 septembre 1938, un grand meeting fut organisé par l’Air-Club et la section vaudoise de l’AéCS à l’occasion de l’inauguration de l’aérodrome et du hangar en bois, encore utilisé aujourd’hui. Le succès fut complet et les 4000 spectateurs purent apprécier les prouesses des pilotes Kammacher, Liardon et Savary sur Bücker 131. Au cours de cette fête, plus de 200 personnes reçurent le baptême de l’air. Puis vint l’année 1939 ; toutes les activités aériennes furent interdites. En 1942, le président Savary fit l’acquisition d’un avion moderne Klemm triplace à aile basse 130 CV. Le biplan de l’Air-Club était toujours là, dans son hangar.

La guerre étant terminée, l’activité aérienne put reprendre. La journée du 22 avril 1946 a été une journée noire pour l’aviation yverdonnoise : lors du décollage, à 150 mètres du sol, l’avion de M. Savary piqua du nez et vint s’abattre à quelques centaines de mètres de l’aérodrome. On imagine la consternation au sein du club. Sans se laisser démoraliser par ce tragique accident, L’Air-Club organisa le 14 septembre 1947 un meeting de propagande qui connut un joli succès.

Il fallait penser à l’avenir. L’Air-Club se proposa de former des pilotes dans le cadre d’une école d’aviation yverdonnoise. Cette école dirigée par le capitaine Lindecker, instructeur militaire et civil a débuté en automne 1948. Il a été rejoint en 1949 par M Eugène Heiz, pilote militaire. De nombreux pilotes ont été formé par cette école dont MM Maurice Bettex, et Edmond Ischy, aujourd’hui décédés. En 1949 l’Air-Club comptait 74 membres et c’est cette année-là que parut le premier bulletin de club « Plein Gaz » ou il est fait mention de l’achat du Piper HB-OEX.

Au conseil communal d’Yverdon, M Jean Vautier présenta une motion concernant le développement de l’aérodrome d’Yverdon et demandant que cette feuille fasse officiellement candidature pour la possession du futur aéroport vaudois, en lieu et place d’Ecublens. Le journal d’Yverdon imprime : Lausanne ne se sera probablement pas enchantée de cette suggestion, elle se sentira atteinte dans son prestige, mais c’est un mal dont on peut facilement se remettre.

Dans son mémoire du 10 mai 1951, l’Office Fédéral de l’Air conclut que malgré certains avantages d’Yverdon, c’est le projet d’Ecublens qui devrait être préféré On connait la suite…

Le mardi 14 aout 1951, grande animation à l’aérodrome pour assister au passage du Tour de Suisse aérien avec l’épreuve de l’atterrissage de précision. En été de l’année 1952, l’aménagement de la buvette et du local administratif est terminé.

L’Air-Club fait l’acquisition, le 6 avril 1960, d’un avion Jodel Ambassadeur qui fut remplacé en 1970 par un quadriplace Jodel Major. En 1961, construction d’un nouvel hangar pour 3 avions.

Les années 1964 et 1965 sont marquées par la présence d’un instructeur M. Ruesch, spécialiste de la virtuosité ; de vastes projets sont échafaudés, hangars, école suisse de voltige etc. Le conseil communal a accordé le droit de superficie, mais un référendum est lancé et en votation populaire le souverain yverdonnois refuse ce projet. Tout est réduit à néant.

Dans le courant de 1968, une convention est passée entre l’Air-Club et l’Ecole mobile d’aviation générale dirigée par M Aldo Guanzini, pilote instructeur. L’Air-Club lui confie l’exclusivité de la formation des pilotes avec obligation d’utiliser les avions du club. Suite à l’achat de nouveaux avions, un litige intervint qui mit fin à quelques années de fructueuses collaborations. Ce sont des instructeurs de l’Air-Club qui reprirent le flambeau et qui, aujourd’hui encore, forment les pilotes qui assurent la relève.

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On peut signaler à titre anecdotique, que jusqu’aux années 70 il n’y avait à l’aérodrome pas d’eau, pas d’électricité et pas de citerne à essence pour les avions. On se ravitaillait en eau à la ferme des Moulins par boilles de 60 litres, en benzine par fût de 250 litres en provenance de Planeyse (NE). Quant à l’éclairage de la buvette, c’était à l’époque des lampes à gaz ; pour ce qui est de l’existence des W.C. c’est un sujet à éviter.

Tous ces inconvénients n’ont pas empêché les activités de l’Air-Club de se développer, ceci grâce à deux anciens Présidents, Messieurs Jean Guex et Albert Rosselet qui ont en partie résolu les problèmes évoqués ci-dessus.

Plusieurs Meetings de haut niveau ont été organisés par de nouveau dirigeants en 1971, en 1975 pour les 40 ans de l’Air-Club, en 1985 pour ses 50 ans, en 1988 pour les 50 ans de l’aérodrome. En 1990, durant une semaine, se déroulèrent, les championnats du monde de voltige avec en apothéose un meeting qui fût, cette année-là, le plus important d’Europe.

Depuis 1990, l’activité aérienne sur l’aérodrome d’Yverdon-les-Bains a augmenté de façon réjouissante ; c’est la raison pour laquelle le Comité s’est penché sur le projet d’une piste en dur. Les travaux ont pu débuter en janvier 2000 pour se terminer en mai de la même année. C’est donc avec des infrastructures de haut niveau que l’Air-Club peut continuer à se développer.

Il est a relever que, durant ses 75 ans, l’Air-Club a été dirigé par 14 Présidents qui ont tous œuvré pour le développement de l’aviation à Yverdon-les-Bains. Il s’agit, dans l’ordre de Messieurs et Madame :

  • Ernest Savary
  • Jacques Du Paquier
  • Roger Michoud
  • Samuel Delisle
  • Maurice Bettex
  • Willy Bourquin
  • Hugues Péclard
  • Jean Guex
  • Charly Burla
  • Jean-Pierre Besson
  • Paulette Schenker
  • Albert Rosselet
  • Philippe Tinembart
  • Jean Plé

… et Georges Chevalley qui a pris la relève et qui poursuit avec le même enthousiasme voir plus que ses prédécesseurs, le développement de notre Air-Club ainsi que les activités aéronautiques de l’aérodrome d’Yverdon-les-Bains, notamment avec un projet d’envergure par l’installation de nouvelles stations essence et hangars plus modernes et plus fonctionnels. Il est réélu lors de l’Assemblée Générale de 2015.